1. Quels faits ?
Sur un corner défensif, un des Lions de la Teranga fait un coup du lapin à un lion de l’Atlas. L’arbitre va dans son terrier visionner la VAR et décide d’accorder un penalty contestable en toute fin de match pour délivrer un peuple à domicile.
Le sélectionneur sénégalais, irrité de cette prétendue injustice, demande à ses joueurs de rentrer au vestiaire. Cela donne une scène ubuesque où le match est arrêté pendant plus de 15 minutes, sans qu’aucun ne sache s’il va reprendre un jour ou demain matin à la pause café.
Est-ce encore possible de se porter en opposition à une décision arbitrale ? La liberté d’expression de l’acteur sportif, ça existe dans ce monde aseptisé ?
2. Quelle est l’infraction ?
Les textes sont clairs, quitter délibérément le terrain sans autorisation de l’arbitre constitue une infraction – cf loi 12.4 de l’IFAB, The international football association board, les gardiens des règles du jeu chargé de les édicter et de les contrôler.
Pourquoi ? Ce n’est pas aux acteurs de faire leur propre justice. Le système institutionnel a réparti les compétences : à l’arbitre revient la décision terrain, des organes évaluent la justesse de ces derniers et des chambres d’appel sanctionnent des erreurs manifestes.
Si j’arrête le match en estimant que la décision cache un scandale de manipulation, même si ça pourrait être vrai sur le fond, alors je prends en otage le jeu. Les susceptibilités, encore plus fortes au cœur du match, ne doivent pas en dominer le cours.
3. Quelle preuve et quelle dérogation ?
Pour entrer en sanction contre un refus de jouer, il faut avant tout que la matérialité de l’acte soit reconnue. Comment celle-ci est authentifiée ? C’est à l’arbitre de dresser le constat dans la case « incident » de la feuille de match. Il a autorité sur l’appréciation des faits, du fait de sa position officielle.
Les sénégalais auraient pu se défendre en disant que leur refus de continuer la rencontre n’est pas abusif. La jurisprudence est néanmoins très conservatrice sur le refus légitime et ne reconnait à date que le cas strict de la mise en danger physique des joueurs.
Ici, les joueurs ont davantage voulu afficher leur mécontentement de manière spectaculaire, plus que se protéger de leurs adversaires ou des supporters.
4. Quelle sanction et quelle conséquence ?
Quand l’arbitre constate effectivement un refus de jouer, les règlements l’autorisent en principe à prononcer le forfait du match. Dans les cas sérieux, l’équipe pourrait même être exclue du tournoi en cours (cf Règlement disciplinaire de la CAF, article 148).
Autrement dit, pas de sanction sportive automatique car on se trouve à la fin du tournoi et que le cas sérieux doit encore être démontré. Mais l’équipe risque une sanction financière d’au moins 20.000 US $.
Sadio Mané a donc bien fait d’exhorter ses coéquipiers à revenir sur le terrain. Il ne pensait sûrement pas à la sanction juridique qui pouvait tomber sur son équipe, mais au fait de respecter la beauté de ce sport et perdre la tête haute. L’histoire lui donnera raison. Quelle classe de sa part.